Christian Lambert, l’ancien «grand flic» et patron du RAID, est mort

Il avait dirigé l’unité d’élite de la police nationale de 2002 à 2004 et mené la traque qui a abouti à l’arrestation d’Yvan Colonna, en 2003. L’ancien patron du RAID et ex-préfet de la Seine-Saint-Denis Christian Lambert est mort à l’âge de 80 ans, a annoncé ce jeudi 2 juillet le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
Christian Lambert, l'ancien «grand flic» et patron du RAID, est mort
Christian Lambert à Bobigny, le 20 avril 2011, alors qu’il était préfet de la Seine-Saint-Denis. (Thomas Padilla / Maxppp)
Par Stéphane Cazaux
Le jeudi 2 juillet 2026 à 15:04

Christian Lambert, ancien directeur du RAID et ancien préfet de la Seine-Saint-Denis, est décédé à l’âge de 80 ans, a annoncé ce jeudi 2 juillet le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Figure reconnue de la police nationale, cet ancien chef de l’unité d’élite, qui a dirigé les opérations ayant conduit à l’arrestation d’Yvan Colonna, était aussi un haut fonctionnaire proche de Nicolas Sarkozy.

C’est le ministre de l’Intérieur qui a révélé la nouvelle sur le réseau social X. “J’apprends la triste nouvelle du décès de Christian Lambert. Je salue la mémoire d’un grand flic, d’un grand préfet et d’un ami”, a écrit Laurent Nuñez. “J’ai une pensée émue pour sa famille, ses proches, et tous ceux qui, comme moi, ont eu l’honneur de travailler pour lui et à ses côtés”, a-t-il ajouté. “Il souffrait d’une grave maladie”, confie une source policière.

 

Le RAID a lui aussi rendu hommage à son ancien chef sur son compte Instagram. “C’est avec une immense tristesse que nous apprenons le décès de Christian Lambert, ancien chef du RAID de 2002 à 2004”, a écrit l’unité. “Nos pensées vont à sa famille, à ses proches et à tous ceux qui l’ont connu.”

 

Un parcours atypique au service de la police

Né le 5 juin 1946 à Corbeil-Essonnes (Essonne), Christian Lambert a débuté sa carrière comme sapeur-pompier, avant de devenir gardien de la paix, puis commissaire de police. Il a fait partie de ceux qui ont participé à la création du RAID en 1985, aux côtés de Robert Broussard, alors qu’il était affecté à l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT). Comme le raconte Guillaume Farde, professeur affilié à l’École d’affaires publiques de Sciences Po et consultant pour TF1/LCI, dans son ouvrage RAID – 40 ans d’action : 40 ans à servir sans faillir, il intervient alors en appui opérationnel, notamment lors de la prise d’otages du tribunal de Nantes (Loire-Atlantique), avant de contribuer à la création de la Brigade de renseignement et d’enquête criminelle (BREC), spécialisée dans les violences urbaines. Devenu numéro deux de l’unité à partir de 1994, il en a pris la direction de 2002 à 2004. Parmi les moments qui ont marqué l’histoire du groupe, la neutralisation du gang de Roubaix, en 1996, a constitué un véritable tournant, transformant en profondeur les méthodes et les équipements des opérateurs.

C’est toutefois la traque d’Yvan Colonna qui reste le fait le plus marquant de son mandat à la tête du RAID. Nommé par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, Christian Lambert s’est vu confier une priorité claire : mettre un terme à la cavale de l’assassin du préfet Claude Érignac. Convaincu que le fugitif n’avait jamais quitté la Corse, il a fait rétablir au sein de l’unité une section dédiée aux investigations et aux filatures, et a pris la décision d’ouvrir le RAID aux femmes pour rendre les surveillances plus discrètes sur l’île, toujours selon Guillaume Farde. Son instinct ne l’a pas trompé : le 4 juillet 2003, Yvan Colonna, alors l’homme le plus recherché de France depuis plus de quatre ans, a été interpellé. Il a ensuite été condamné pour l’assassinat du préfet Claude Érignac.

Du RAID à la préfecture de la Seine-Saint-Denis

Après avoir transmis le commandement du RAID à Jean-Louis Fiamenghi, Christian Lambert a poursuivi une carrière de haut fonctionnaire. Il a été directeur central des compagnies républicaines de sécurité (CRS) de 2005 à 2007, puis directeur de cabinet du préfet de police de Paris Michel Gaudin de 2007 à 2010. Il a ensuite été nommé préfet de la Seine-Saint-Denis, poste qu’il a occupé de 2010 à 2013. Il est par la suite devenu le “Monsieur ZSP” (zones de sécurité prioritaire), avant de rejoindre la SNCF comme directeur de la sûreté.

Homme de confiance de Nicolas Sarkozy, Christian Lambert avait noué une relation avec l’ancien chef de l’État en 1993, lors de la prise d’otages de l’école maternelle de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Affecté à la police judiciaire de Versailles (Yvelines), c’est lui qui avait apporté la valise de billets réclamée par le preneur d’otages Éric Schmitt, “Human Bomb”. Surnommé “Panda”, en raison de sa propension à ne dormir que quelques heures par nuit, Christian Lambert était réputé pour son sens du devoir et son goût du terrain.

Une figure saluée par ceux qui l’ont côtoyé

L’annonce de sa mort a suscité de nombreuses réactions. Guillaume Farde a rendu hommage sur le réseau social LinkedIn à “une immense figure de la Police nationale”. Il a décrit un homme d’une grande pudeur, qui “parlait toujours des autres avant de parler de lui-même”, évoquant les opérateurs, les blessés et les morts de l’unité. Guillaume Farde a également rappelé que Christian Lambert avait décliné son invitation à témoigner pour un documentaire consacré aux 40 ans du RAID, estimant que l’histoire de l’unité importait davantage que la sienne. “Il n’aimait pas l’expression « grand flic ». Mais grand il l’est et pour l’éternité”, a-t-il conclu.

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