C’était une mesure majeure à l’initiative du gouvernement de Sébastien Lecornu : intégrer les mères de famille dans la dernière réforme des retraites, de manière à leur permettre de partir plus tôt. Une mesure votée dans le budget de 2026, mais qui pose aujourd’hui problème. La raison ? De nombreuses mères de famille se retrouvent aujourd’hui dans un flou total, leurs dossiers de départ étant totalement bloqués.

La faute à l’absence de décrets d’application, qui permettent, en termes simplifiés, d’indiquer le “mode d’emploi” technique au Journal officiel. Et qui bloquent les rouages de l’organisation. Tant que ces décrets ne sont pas publiés, en effet, les caisses de retraite (Carsat, Cnav) ne peuvent pas liquider les pensions. Les textes administratifs sont nécessaires, d’autant plus que le cas des mères de famille est complexe. Ces dernières sont donc coincées et suspendues à la signature de décrets qui tardent à venir. Pour l’heure, un premier décret sur les nouvelles règles de carrière longue a été publié le 8 mai 2026, mais le décret fixant précisément la prise en compte des trimestres liés aux enfants reste encore attendu.

« C’est indécent et irrespectueux »

Face à cette situation, Ouest-France est allé à la rencontre de certaines d’entre elles. Grâce à la suspension de la réforme des retraites par le gouvernement de Sébastien Lecornu, mais aussi grâce au texte validé lors du budget de 2026, une sexagénaire devait partir dès le 1er octobre. Une date permise grâce au dispositif carrière longue, à ses 170 trimestres cumulés, qui étaient requis au 1er avril 2027, et à ses deux enfants, qui pourraient lui permettre de bénéficier de deux trimestres en plus pour la carrière longue (sous réserve des conditions qui doivent encore être précisées par décret).

Pourtant, puisque le décret tarde à être publié, cette mère de famille, comme de nombreuses autres, risque d’être coincée. “Nous ressentons une impression d’abandon, voire de discrimination”, explique-t-elle auprès de nos confrères. “C’est indécent et irrespectueux”, affirme une autre, qui devait partir le 1er septembre et a fait sa demande le 10 février dernier.

Retraite mère de famille© shutterstock

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Une attente longue et stressante avant la retraite

L’attente se fait longue, et surtout stressante. Tant que ces décrets d’application ne sont pas publiés, les caisses de retraite ont les mains liées et n’ont d’autre choix que de mettre les dossiers en pause. Avant la parution de ces textes, les mères de famille à la carrière longue ne peuvent pas encore intégrer leurs trimestres de maternité dans le calcul.

Pourtant, cette nouveauté est cruciale : elle pourrait permettre à certaines de partir jusqu’à six mois plus tôt et à d’autres de devenir enfin éligibles au dispositif. Si les décrets ne paraissent qu’en novembre, les droits des assurées seront rétroactifs et leurs situations régularisées plus tard. Mais en attendant, ces futures retraitées sont plongées dans une incertitude totale. Impossible pour elles de poser sereinement leur démission ou d’organiser leur départ auprès de leur employeur : pour l’administration, en effet, rien n’est encore officiellement validé.